Section des Directions Nationales et Spécialisées
 10 rue du Centre
Bureau 1720 Aile Sud
93465 NOISY LE GRAND Cedex
 01-57-33-80-29  fo.dresgdgfip.finances.gouv.fr

Réforme des retraites : grève encore massive dans les transports, nouvel appel à manifester mardi

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 06h02, mis à jour à 12h37

La journée de vendredi s’annonce décisive pour la suite du mouvement de contestation. Les syndicats veulent garder la main face à l’exécutif, qui a prévu de s’exprimer au cours de la semaine prochaine.

C’est le jour d’après. Ragaillardie par la mobilisation massive contre la réforme des retraites, qui a vu au moins 800 000 personnes dans les rues de France le 5 décembre (1,5 million selon la CGT), l’intersyndicale interprofessionnelle (CGT, FO, Solidaires, FSU et organisations étudiantes et lycéennes, UNL, MNL et UNEF), réunie vendredi matin au siège de FO, a appelé à une nouvelle journée de grève et manifestations mardi 10 décembre.

La CFE-CGC, qui était représentée, n’a pas souhaité s’associer à cet appel. La centrale des cadres, qui avait rejoint le mouvement du 5 décembre en cours de route en appelant à manifester ce jour-là, attend désormais « la réponse du gouvernement » pour décider de la suite.
Récit : « Il y a quelque chose dans l’atmosphère… » : de Paris à La Réunion, la mobilisation massive du 5 décembre

Les transports toujours très perturbés

Vendredi, les transports restent très perturbés : à la SNCF, 90 % de TGV et 70 % de TER ont été annulés. Le taux de grévistes au sein de la compagnie ferroviaire a atteint 55,6 % jeudi, du jamais-vu depuis 2007. A la RATP, la reconduction du mouvement a été votée jusqu’à lundi et dix lignes de métro sont fermées, comme jeudi.

Du côté de la route, alors que le périphérique francilien connaissait une accalmie inhabituelle jeudi, il est au contraire très perturbé vendredi, avec un cumul de bouchons exceptionnel de 347 kilomètres.

« 10 % de grévistes » dans les écoles vendredi

Au lendemain d’une mobilisation massive (51,15 % de grévistes dans les écoles, 42,32 % dans les collèges et lycées), la mobilisation est moindre, vendredi. Le taux de grévistes dans l’éducation nationale atteint « 10 %, peut-être un peu moins », a déclaré le ministre, Jean-Michel Blanquer, sur RMC et BFM-TV.

Côté universités, les syndicats qui ont appelé à la « première journée » de mobilisation étaient réunis vendredi pour « faire entrer le mouvement dans la durée », ont assuré leurs responsables, juste avant l’intersyndicale. La réunion se déroule dans les locaux de FO à Paris, avec des représentants de la CGT, FO, FSU, Solidaires, les organisations lycéennes FIDL, MNL, UNL et étudiante UNEF. La CFE-CGC, qui n’était pas organisatrice de la première mobilisation mais avait rejoint l’appel à manifester, s’est jointe vendredi à l’intersyndicale.

La direction de Lumière Lyon-II (lettres, langues, sciences humaines et sociales) a annoncé le maintien de la fermeture de ses deux sites à la suite d’un appel au blocage la veille par une assemblée générale étudiante.
Article réservé à nos abonnés Lire aussi Mouvement du 5 décembre : dans l’éducation nationale, la plus grande grève depuis 2003

Les partenaires sociaux reçus lundi

La ministre des solidarités, Agnès Buzyn, a annoncé vendredi matin qu’elle recevrait lundi avec le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, tous les partenaires sociaux. Et d’ajouter :

« En fonction de tout ce qui aura été remonté par ces concertations, ces négociations avec les partenaires sociaux sur les différents points, le premier ministre fera des annonces en fin de semaine prochaine pour dessiner les contours définitifs de cette réforme. »

Interrogée sur les concessions que pourrait faire l’exécutif, Mme Buzyn a déclaré qu’« il y a effectivement une discussion sur l’âge d’application, l’âge de bascule, quelle génération serait concernée, tout cela est encore sur la table ». « Il reste des marges de négociation », avait assuré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.
Lire aussi Grève du 5 décembre : cortèges massifs contre la « casse du système social », grèves reconduites… retour sur la journée de manifestations

Le « système par points » au cœur des critiques

A l’origine de la colère : le « système universel » par points censé remplacer à partir de 2025 les 42 régimes de retraites existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L’exécutif promet un dispositif « plus juste », quand les opposants redoutent une « précarisation » des retraités. Des sondages récents ont montré que le mouvement était majoritairement soutenu par les Français.

Seule la CFDT continue de soutenir l’idée d’un régime « universel ». Mais son secrétaire général, Laurent Berger, a regretté que « la logique qui prévaut », c’est « de se mettre (…) sur la figure avant de commencer à discuter ».

Le premier syndicat français pourrait cependant avoir été entendu sur un point dont il avait fait un casus belli : la mise en œuvre d’une mesure « paramétrique » (allongement de la durée de cotisation, mesure d’âge…) pour équilibrer les comptes avant le changement de système. L’une des grandes incertitudes concerne en effet la mise en place, à côté de la réforme structurelle, de mesures budgétaires destinées à résorber le déficit à venir du système, estimé à une dizaine de milliards d’euros en 2025.
Décryptage : Réforme des retraites : 48 questions pour comprendre le débat

Puisque l’exécutif ne veut ni augmenter les cotisations, ni baisser les pensions, ni relever l’âge légal de départ, il reste la possibilité d’allonger la durée de cotisation. « Il ne faut pas être bêtement budgétaire, pas tout de suite », a tempéré jeudi soir, sur France 2, le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin. « Notre proposition, c’est pas de baisser les pensions, c’est pas d’augmenter les cotisations, mais c’est de travailler plus longtemps, puisqu’on vit plus longtemps », a confirmé M. Darmanin tout en s’interrogeant :

« Est-ce qu’on est pressé au point qu’il faut le faire (…) dès l’année prochaine ? Il ne faut pas casser la réforme sociale que nous voulons porter (…) en faisant effectivement une réforme budgétaire immédiatement. »

Jusqu’à maintenant, l’entourage du premier ministre a toutefois plutôt défendu la mise en place d’un volet budgétaire, estimant qu’il fallait s’attaquer au déficit en même temps qu’au système de retraites dans son ensemble. Un report à 2021 des mesures d’économies, notamment, « n’est pas arbitré » à ce stade, assurait-on jeudi soir autour de M. Philippe.